The Leftovers

Comment expliquez-vous l’inexplicable ? Perdre son fils, sa mère, son voisin ou les trois en une fraction de seconde, juste le temps de claquer une portière de voiture, sans un bruit, sans un cri, sans explication.

On reste alors seul avec ses questions et une angoisse qui nous comprime le cœur comme un papier qu’on froisse. Connaissez-vous la honte, les remords, les sanglots, l’ennui d’une vie nouvelle que seul un être disparu pourrait combler ?

Imaginez qu’un 14 octobre, 2% de la population de la terre disparaisse sans raison, comme évaporée dans une atmosphère qui devient vite irrespirable. C’est précisément cet événement qui introduit The Leftovers, la série de HBO inspirée du roman de Tom Perrotta.

« Disparaître sans raison », voici la clé du génie scénaristique et conceptuel de The Leftovers. Comment faire le deuil d’une disparition absurde et incompréhensible ? Comment faire le deuil d’une personne qui n’est pas morte mais n’existe plus ?

Dans la série, les personnages sont constamment au bord d’un précipice, tiraillés entre l’irrépressible envie d’oublier et la dévorante nostalgie d’un amour perdu.

Le lien social apparaît rompu. Chaque sourire résonne comme un mensonge et les rares messages d’espoir semblent condamnés à une critique ironique et résignée.

L’incompréhension du 14 Octobre ne pousse pas les personnages à s’attarder sur leurs souffrances mais plutôt sur les origines de celle-ci. Les disparus semblent avoir emporté avec eux bien plus que leurs simples existences, obligeant « ceux qui restent » à redécouvrir leurs émotions, mais surtout réapprendre à les exprimer.

La série nous donne à voir le désarroi de l’homme dans ce qu’il a de plus impitoyable et choquant, à la limite de l’obscène.

C’est avec une virtuosité exceptionnelle et inédite que la série aborde des thèmes graves, la famille, la religion (opposition entre la relative évidence d’un châtiment divin avec le 14 Octobre, et l’impossibilité de croire en un Dieu si injuste et irresponsable), la volonté absolue d’aimer mais l’impossibilité d’y parvenir, la cruauté d’une vie qui fait souffrir sans pour autant s’expliquer,…

The Leftovers nous présente d’abord une angoisse omniprésente, atroce et despotique, qui plante son drapeau noir dans le crâne incliné d’un espoir vaincu et apeuré. Mais c’est justement au travers de ses questions, ses antagonismes et son désespoir que la série nous transporte dans un univers original et troublant.

Aussi dure et cruelle soit-elle, faite de violence, de gratuité, de larmes, d’abandons, cette série reste porteuse d’espérance, avec la timide renaissance des désirs, des intuitions amoureuses ou encore d’une véritable conscience de l’autre. On y voit une réalité sociale violente et parfois injuste, mais à la façon de Baudelaire, le scénariste parvient à transformer la laideur d’un monde en une beauté envoûtante.

The Leftovers tutoie littéralement les anges de l’audiovisuel et du monde des séries.

Captivant à l’excès, bouleversant et profond, chaque épisode est une rencontre avec vous-même, capable de vous faire sentir en vie.

 

 

 

 

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